
Rédigé par Katy Sanglier.
Cher lecteur, chère lectrice,
Cette lettre que je t’écris à l’instant même est un souvenir, un fragment de vie que j’aimerais partager avec toi. Pourtant elle n’est pas comme les autres. Elle n’a pas d’enveloppe, ni de timbre, et malgré tout, elle t’est adressée. Drôle de paradoxe, tu me diras, pour un article sur le genre épistolaire. Et bien, je t’assure que tout ce qui se dira ici te fera peut-être changer ta façon de voir les choses.
Et c’est ainsi que je te souhaite une bonne lecture.
Le genre épistolaire ? En français ça donne quoi ?
Le genre épistolaire, comme bien d’autres genres littéraires, est une forme d’écriture composée uniquement de lettres, de journaux intimes, ou aujourd’hui d’emails et de messages. Elles peuvent être fictives, comme le Journal de Bridget Jones de Helen Fielding ou Le Journal de Mia de Meg Cabot, mais aussi bien réelles, comme le Journal d’Anne Frank, qui reste l’un des témoignages de la Seconde Guerre Mondiale les plus puissants du XXe siècle. Ce qui unit toutes ces œuvres, c’est cette voix singulière qui s’adresse à quelqu’un qu’il soit réel ou imaginaire et qui, ce faisant, se révèle. Ainsi, ce qui rend le genre épistolaire unique, c’est qu’il donne l’illusion d’une intimité absolue : on lit ce qui n’était, en théorie, pas destiné à nos yeux.
Plus récemment, des romans comme Cher Evan Hansen de Val Emmich ou Simon vs. the Homo Sapiens Agenda de Becky Albertalli ont remis la lettre au cœur de récits destinés aux adolescent(e)s. Ces livres montrent que le genre épistolaire n’est pas une relique du passé mais un outil vivant, moderne, capable de parler d’identité, d’amour et d’appartenance avec une sincérité désarmante.
Pourquoi écrire une lettre alors qu’on peut juste discuter ?
Dans un dialogue, les personnages se parlent en direct. Ils réagissent, ils coupent la parole, ils mentent parfois dans l’instant. Mais une lettre, elle, se réfléchit. Elle se rature. Elle se relit avant d’être envoyée, ou pas forcément. Alors, le personnage ou l’auteur peut se permettre de dire vraiment ce qu’il a au fond du cœur sans se censurer et sans avoir la peur du jugement en face.
C’est exactement pour cela que le genre épistolaire est si puissant pour faire ressentir des émotions authentiques et complexes. La lettre montre au lecteur les doutes du personnage ou de l’auteur, ses contradictions, ce qu’il n’avait jamais osé dire à voix haute.
Par exemple, dans Le Journal de Mia, Mia ne parle pas à sa mère de ses angoisses de princesse : elle les écrit. Et c’est précisément parce qu’elle les écrit qu’on y croit. Le journal devient son seul confident vraiment honnête.
Une transformation qui marque le comeback du genre épistolaire
Tu t’es déjà retrouvé à relire une conversation téléphonique comme si c’était un roman ? À écrire un long pavé à des ami(e)s, qui prend quinze ans à lire? C’est du genre épistolaire, version 2.0.
On pourrait croire que les lettres ont disparu avec l’arrivée d’internet. Pourtant c’est bien loin d’être le cas. Les e-mails, les messages privés, les posts sur les réseaux sociaux : tout cela, au fond, c’est encore de l’épistolaire. On s’écrit, on se confie, on documente notre vie par fragments. Des romans comme Attachments de Rainbow Rowell, entièrement construit autour d’échanges de mails, ou Texts from Jane Eyre de Daniel M. Lavery ont prouvé que la forme épistolaire pouvait parfaitement se réinventer dans les codes du numérique.
Cette modernisation du genre lui offre une nouvelle jeunesse. Les adolescent(e)s d’aujourd’hui, qui écrivent à leurs meilleur(e)s ami(e)s via des messages vocaux ou des notes partagées, pratiquent, sans le savoir, une forme d’écriture épistolaire. Reconnaître ça, c’est aussi reconnaître que leur façon de communiquer a une vraie valeur littéraire et que le saut vers l’écriture créative n’est peut-être pas si grand qu’elles ou ils le pensent.
Et si c’était toi l’écrivain ?
Le genre épistolaire est souvent le premier pas vers l’autobiographie, sans qu’on s’en rende compte. Tenir un journal, c’est déjà raconter sa vie. Écrire une lettre à quelqu’un qu’on n’enverra jamais, c’est mettre des mots sur ce que l’on ressent vraiment. Tu n’as pas besoin d’avoir une histoire, il te faut juste une feuille, un crayon, et se lâcher.
Alors voilà, je te lance le défi d’écrire ta lettre. Pas forcément à envoyer. À la personne que tu sera dans dix ans, à quelqu’un que tu as perdu de vue, à un personnage fictif que tu adores, à une célébrité qui t’inspire. Tu verras ce qui en sort et peut-être que tu découvriras que tu avais plein de choses à dire.

