Sous-titre : attention aux arnaques

Rédigé par Célia Hountondji.
« De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas. » Tu as certainement déjà entendu cette expression. La dualité de l’amour et de la haine est un concept récurrent en littérature, qui connaît un certain succès ces derniers temps.
Mais alors pourquoi ce schéma contradictoire fonctionne autant et surtout comment réussir à écrire un bon Enemies to lovers ?
Qu’est-ce que la trope Enemies to lovers ?
La trope Enemies to lovers décrit un schéma narratif dans lequel les deux protagonistes passent d’ennemis à amants. Concrètement, ils se détestent au point de vouloir du mal à l’autre et de chercher à se nuire mutuellement. Cela peut passer par des disputes violentes, des menaces de mort, des blessures physiques, bref, tout ce qui s’éloigne d’une relation saine entre deux personnes et qui ne devrait pas mener à une relation amoureuse.
Un bon exemple de cette dynamique toxique entre les deux personnages est la saga du Peuple de l’air de Holly Black, dans laquelle la relation entre Jude et Cardan évolue au fil des tomes. Si dans Le Prince cruel (le premier tome) Cardan tente de tuer Jude, il y a une inversion de pouvoir avec cette dernière qui le menace avec une dague et lui qui se retrouve sans défense. Il faut que cette violence et cette haine soit réciproque pour avoir cette notion d’ennemi. Sinon c’est plus un Bully to lovers (harceleur à amant), ce que l’on retrouve souvent dans la Dark Romance.
Et justement, c’est ça qui intéresse les lecteurs : comment deux êtres qui se détestent au point de faire du mal à l’autre peuvent finir par développer des sentiments amoureux ?
Sauf que la popularité de ce genre amène à publier toujours plus d’Enemies to lovers… qui ne le sont pas vraiment. Nous allons voir en quoi.
Un Enemies to lovers n’est pas un Rivals to lovers !
La trope Enemies to lovers est souvent confondue avec la trope Rivals to lovers. Ainsi, certains livres catalogués comme deux ennemis qui finissent par tomber amoureux sont en fait des rivaux. Et réfléchissez-y, avez-vous des ennemis dans la vie de tous les jours ? Probablement pas, et si c’est le cas, en général, si quelqu’un veut vous nuire à ce point, vous pouvez aller porter plainte. Or, lorsqu’il s’agit de deux rivaux à l’université, au travail ou dans une discipline (sportive, artistique…), on ne peut pas dire que l’un cherche à blesser l’autre physiquement. Et si c’est le cas, encore une fois, c’est condamnable.
Quelques exemples connus
Pour que vous voyiez la différence, voici quelques exemples pour différencier la rivalité, d’une relation entre deux ennemis. Deux ennemis, ce sont Luke Skywalker et Dark Vador : leur lien de parenté ne change rien au fait qu’ils sont dans des camps opposés. Pour survivre, l’un doit tuer l’autre.
Deux rivaux ce sont les frères Fisher (Conrad et Jeremiah) qui sont tous deux amoureux de Belly, mais qui malgré tout sont liés par un amour fraternel. Oui leurs sentiments pour Belly amènent des disputes et des tensions entre les deux, pour autant, ils ne cherchent jamais à nuire à l’autre.
Une relation compliquée
Par définition, un Enemies to lovers est un Slow burn, c’est-à-dire une romance dans laquelle les protagonistes ne tombent pas immédiatement amoureux, mais développent des sentiments au fil de l’intrigue. Il faut donc penser au fait que la relation ne peut pas se construire du jour au lendemain, mais se forge au fil de la lecture, par de petits pas en avant, des petits pas en arrière. Cette relation repose sur des hauts et des bas, et les choses ne sont pas simples car il y a beaucoup d’obstacles à leur amour.
Comment réussir la tension d’une romance ?
Ainsi, dans un Enemies to lovers, les deux personnages ne peuvent pas être autre chose qu’ennemis : ils se détestent profondément. Et cette haine doit être justifiée car si cela paraît trop futile, le lecteur peut perdre de l’intérêt pour l’histoire.
Des personnages bien construits
Les personnages sont au centre du récit et il faut donc bien les construire. Comme toute histoire tu dois te dire, mais ici tout réside dans leur opposition et leur haine. En tant qu’auteur, tu peux leur donner des points communs qui viendront perturber les deux protagonistes qui ne veulent pas être associés à l’autre. Au contraire, la progression vers la situation amoureuse doit exister dans le récit, le lecteur doit constater les changements de comportement entre les deux protagonistes avec des moments de vulnérabilité et une évolution dans la façon dont il considère l’autre.
De bonnes raisons de se détester
Il faut aussi créer une animosité crédible entre les deux personnages. Le lecteur doit trouver que leur haine est légitime car des motifs trop superficiels pourraient ruiner l’intrigue. Par exemple, s’ils se détestent à cause d’un malentendu qui aurait pu être réglé simplement, ça ne suffit pas à justifier un niveau de violence aussi extrême. Vous devez retenir que leur relation est complexe et qu’elle ne peut pas s’arranger en deux lignes.
Les lecteurs recherchent de la passion, de la sensation de danger, de l’angoisse, des sentiments forts contradictoires, on doit s’inquiéter pour les personnages et avoir l’impression que leur relation est impossible. Par exemple dans Heartless Hunter de Kristen Ciccarelli, les deux protagonistes Rune et Gideon ont des objectifs et des situations contradictoires : c’est une riche héritière et une sorcière, il est d’origine modeste et est un chasseur de sorcières. Leur romance est donc compliquée car Rune ne doit pas se faire démasquer et Gideon souhaite tuer toutes les sorcières.
Pour autant, le développement émotionnel est tout aussi important.
Tu l’auras compris, écrire un Enemies to lovers est assez complexe.
Si tu veux te lancer dans cette aventure, jète un œil à nos fiches dédiées à la romance. Cela te donnera de bonnes bases pour explorer les codes du genre, et t’aidera à construire ton futur récit romantique, dont ton meilleur Enemies to lovers.

